Chaque fois que je lis une théorie sur les relations hommes-femmes soi disant scientifique - et donc véridique - parce qu'elle est tirée d'un exemple d'une espèce animale ou encore une fois soi-disant du passé de l'être humain, car à ce que je sache le voyage dans le temps n'est pas encore en vente en ligne, je rigole. Je rigole parce que ça ne fait que reprendre les préjugés et les us et coutumes du présent en tentant de les rendre légitimes avec de soi-disant explications scientifiques. C'est à se rouler par terre parce que justement la recherche qui est faite - ou plutôt n'est pas faite - de sources scientifiques crédibles et critiques est pour le moins boiteuse.
La dernière farce en date : un article intitulé Le mâle Alpha toujours en tête.
Source :
Dans cet article on reprend le sacro-saint tabou-préjugé de la femelle en quête du pourvoyeur idéal, sexuellement programmée pour que ses cuisses s'écartent toutes seules devant le gros compte de banque de He-Man. Alors que c'est un réflexe conditionné.
Même si beaucoup de choses ont changé en peu de temps, le modèle social ''homme doit être un bon pourvoyeur financier et la femme doit se trouver un bon pourvoyeur'' est encore bien présent dans l'inconscient collectif.
L'article se réfère plutôt bizarrement à la préhistoire qui aurait eu ce modèle social, alors que la femelle aurait recherché le plus solide chasseur pourvoyeur. Mais toutes les sociétés humaines n'ont pas fonctionné selon le modèle de l'homme unique pourvoyeur, la femme totalement dépendante du pourvoyeur, loin de là. Il y avait division du travail selon le sexe, et si toutes les sociétés connues ont été patriarcales, les femmes avaient quand même beaucoup d'importance en tant qu'individu dans l'économie, la politique et la gestion de la société dans certaines cultures. Elles n'étaient pas toutes considérées mineures au sens de la loi et ne passaient pas toutes automatiquement de la tutelle de leur père à celle de leur mari selon le modèle de l'homme pourvoyeur et de la femme en quête d'un bon pourvoyeur en référence encore aujourd'hui, même si c'est occulté par la soi disant libération totale des femmes (mon oeil), ça ne fait pas si longtemps que ça que les femmes ont le droit de vote, et la cellule familiale père-pourvoyeur, mère-dépendante du pouvoyeur, enfants aussi, est encore à la base de nos sociétés, même si cette cellule est plus souvent qu'autrement très très éclatée.
Quand à la notion de ''mâle alpha'', elle fait référence au monde animal.
Bien sûr, le mâle alpha de la troupe de gorilles dans la jungle a le privilège de se reproduire avant les autres, mais pas parce que les femelles se ''garrochent'' dessus comme les teenagers sur Elvis jadis, mais parce qu'il a la possibilité d'assomer tous ses concurrents par sa force physique.
Et puis le mâle alpha de la troupe de gorilles, lui, utilise son bluetooth en conduisant sa camaro et non son cellulaire pour continuer d'avoir le privilège de se reproduire longtemps. Quoi? C'est pas le gorille, mais l'humain mâle alpha? Bin quoi? C'est pas pareil? Vu que...
C'est la grosse farce.
Comparer des animaux à des humains juste lorsque l'exemple s'avère être celui dont on a besoin pour ''justifier scientifiquement'' un fait de société. Pas que je critique ce fait. Une autre fois. Pour l'instant je me contente d'analyser le soi-disant fondement scientifique de ces articles ''fouillés'' étayés de ''preuves''.
Car l'anthropologie, qui s'appuie sur des données plus sérieuses, a démontré depuis longtemps que les humains de la préhistoire vivaient en groupes nomades ou semi-nomades, pas en couples. Les enfants étaient souvent pris en charge par tout le groupe et non par la mère monoparentale qui devait payer à gros prix quelqu'un sachant le mieux tordre les bras des reproducteurs qui ne s'occupaient pas de l'aider à élever la progéniture qu'ils avaient engendrée (???!!! ils ne devaient même pas savoir trop trop eux-même comment ni pourquoi ou sinon qui, d'abord).
Non.
Il n'y avait pas de vie couple comme durant les années 50 dans la préhistoire. Voyons.
Quelques exemples :
Plusieurs sociétés de chasseurs-cueilleurs ayant gardé un mode de vie proche de ceux dont on suppose qu'il était général du temps de la préhistoire n'ont pas du tout le père biologique de l'enfant comme père-tuteur. C'est souvent le frère de la mère qui élève (transmet les valeurs) et qui prend en charge le côté matériel des besoins de l'enfant de sa soeur. Le père biologique n'a aucun devoir mais aussi aucun droit sur l'enfant.
Dans la société iroquoienne matrilinéaire ce sont les hommes qui quittaient la résidence de leurs mères pour aller vivre avec leurs femmes tant que l'union durait. Ils retournaient chez leurs mères si l'union se terminait et les enfants issus de l'union restaient avec la mère dans le groupe de femmes dont la mère faisait partie.
Dans d'autres sociétés, la polygamie existe et la fameuse théorie du mâle alpha à plusieurs femelles est possible parce que c'est possible économiquement et que c'est la base de l'économie de ces sociétés. Est-il question d'amour ici? Au sens où on l'entend de nos jours, romantique et tout et tout... pas sûre.
C'est un fait que les gens recherchent la compagnie de ceux qui peuvent leur être d'une utilité quelconque et fuient la compagnie des gens qui pourraient être un poids, une charge pour eux. C'est un fait que les gens beaux, riches, intelligents, cultivés, intéressants, drôles, et en santé, etc. ''pognent'' plus que les laids, pauvres, stupides, ignorants, plates, et malades, etc. Mais tant les hommes que les femmes adoptent ce comportement de préservation de l'énergie couplée au principe de plaisir.
L'article laisse sous entendre que ce ne sont que les femmes à cause de comportements génétiquement programmés de femmes - et non les êtres humains en général - qui recherchent les partenaires les mieux placés socialement, en se basant sur les résultats de chercheurs qui ont montré des photos d'hommes portant des uniformes d'employés de fast-food à des femmes dont aucune n'a voulu avoir de relation quelconque, ni sexuelle, ni amoureuse ni mariage ni rien de rien (veux rien savoir) avec eux, alors que lorsqu'ils ont montrés ces mêmes hommes richement vêtus, ils leur trouvaient des compagnes pour tout facilement.
Mais la même chose est vrai pour les hommes : ils préfèrent les femmes qui ont un bon statut social, ou au moins un statut social égal au leur, surtout si ils sont de la classe moyenne ou supérieure à une femme de classe sociale inférieure.
De plus la réalité virtuelle n'est pas la réalité réalité. Dans la réalité virtuelle, les gens ont tendance à se rapprocher plus de leurs fantasmes, alors que dans la réalité réalité, les gens ont tendance à être plus... réalistes. Combien de fois ais-je entendu des hommes faire des concours de beauté sur les femmes qui passaient dans la rue ou sur les femmes de leur entourage, en critiquant le moindre petit orteil un peu plus long que celui de l'autre pied, les princesses étaient mises sur un piedestal et j'entends ici princesse au niveau de l'argent et du statut social, pas au sens de 'pèteuse'. Je me disais toujours que leurs compagnes devaient vraiment être des être d'exception très rares. Bin, non. Elles étaient trèèèès ordinaires et dans la moyenne. Simple défoulement de mâles bêta frustrés? Sais pas. Mais disons que si ils avaient eu à choisir une compagne en photo, on devine lesquelles ils auraient pris : les plus belles ET/ou les plus riches : les princesses. Pourtant ces hommes ne semblaient pas malheureux dans la réalité avec leurs femmes très ordinaires, au contraire. Pour les femmes c'est pareil. Beaucoup semblent heureuses avec leur bon gars bin ordinaire. Grosso modo.
L'article assure que n'importe quelle femme préfère 'domper' son bon gars pour se précipiter sur le macho n'importe quand.
Il me semble que dans la réalité, je vois beaucoup plus de femmes heureuses d'être en couple stable avec des bons gars stables et qui recherchent et ventent les bons gars fiables pour former des couples, que des femmes heureuses en couple avec des machos et qui recherchent le macho pour former un couple. Pour coucher oui. Mais pour former un couple, avoir des enfants, et tout le tremblement, non. C'est toujours des bons gars qui emportent la palme de ce côté là.
De plus des études américaines démontrent que de plus en plus de professionnelles américaines se tournent vers des hommes de métier, genre travailleurs de la construction, pour former un couple, et non vers des hommes mieux installés qu'elles dans la vie, parce que 1) elles n'ont pas besoin d'argent, elles ont tout ce qu'il leur faut, et 2) elles trouvent des partenaires de vie plus appropriés dans un bassin d'homme qui n'est pas nécessairement restreint à ceux qui sont plus à l'aise qu'elles financièrement et socialement parlant.
Et puis la sexualité n'a pas la reproduction pour seule fonction sociale, faut-il vraiment encore le rappeler en 2009 comme du temps de nos bons curés de paroisses? Incroyable...
Tout ça pour dire, que oui, les 'durs de dur' peuvent être plus attirants que les 'bon gars' mais pas pour les raisons évoquées dans l'article. Ils le sont pour les mêmes raisons que 'les filles qu'on ne peut présenter à môman' sont plus attirantes que les 'bonnes filles' : ils sont plus excitants et en général ça leur donne PLUS DE CHARISME. Point à la ligne.
Le reste c'est vraiment n'importe quoi.