Une internaute parmi d'autres

Publié le vendredi 13 mars 2009

Vendredi 13 mars 2009
David Fortin : un autre nom dans la liste des jeunes qui réagissent mal à l'agressivité humaine lorsqu'elle prend la force de harcèlement ''de tous contre un''. Lui, comme bien d'autres. Lui a décidé de fuir, ce qui n'est pas si bête SI il ne fait que prendre la route pour un moment, prendre une distance physique des autres pour prendre une distance psychologique, relativiser le tout et trouver une solution intelligente émotionnellement à son problème.
 
Parce qu'au fond tout est là : réagir de façon à préserver sa vie, et non seulement à la préserver en état de survie, mais aussi de bien vivre.
 
Dans une société que l'on voudrait idéale aucun Homme ne se changerait en loup pour l'Homme comme disait l'autre (Thomas Hobbes, en l'occurence) dans le but de préserver sa vie.
 
Oublions l'angélisme.
 
L'être humain et la nature - je le formule ainsi puisque nous sommes si habitués de nous poser en opposition à la nature, alors que nous sommes partie prenante de la nature et non son vis-à-vis, mais bon... - l'être humain et la nature, disais-je, ont une composante agressive et violente. C'est un fait. Dans la chaîne alimentaire, pour ne citer que cet exemple parmi tant d'autres, pour rester en vie, il est nécessaire d'agresser et de tuer d'autres organismes vivants. C'est un fait objectif. Un fait objectif se situe en dehors de toute notion de bien et de mal au sens moral du terme. Ce qui est bien est de rester en vie, de bien vivre, ce qui est mal est d'être terminés avant son temps et de mal vivre.
 
Il est inutile d'essayer de se dénaturer au nom d'une religion ou d'une philosophie quelconque. Chassez le naturel et il revient au galop.
 
Celui-ci a choisi la solution de la fuite face au harcèlement comme meilleure stratégie de vie, un autre choisira de reporter son agressivité contre le groupe et souvent contre lui-même ensuite, parce qu'il a perdu espoir d'avoir du contrôle sur sa vie, alors qu'un troisième choisira de reporter l'agressivité des autres et la sienne contre lui-même pour la même raison. Il y en aura un autre qui choisira d'affronter l'agressivité en ne détruisant ni les autres ni lui-même.
 
Il est inutile, je le répète d'essayer de se dénaturer au nom d'une religion ou d'une philosophie quelconque. Chassez le naturel et il revient au galop.
 
Alors la question est plutôt de faire une réflexion sur la meilleure façon de vivre le problème du harcèlement. Parce que le harcèlement fait partie intégrante du fonctionnement social ordinaire. Des gens parfaitement ordinaires, les mêmes qui dénoncent la cruauté des autres peuvent se transformer en une meute d'animaux qui n'écoutent que leur instinct d'agression lorsque l'occasion se présente et qu'ils y voient une façon de se protéger ou d'améliorer leur propre sort.
 
Le ou la harcelé(e) qui a une meute d'harceleurs aux trousses a un véritable problème.
 
Le premier et le plus fondamental est de se laisser blesser émotionnellement par ces comportements. Ainsi, il commence à ''saigner'' et la seule odeur du sang rendent les prédateurs ivres, ils en voudront toujours plus.
 
C'est si vrai que personne ne harcèle très longtemps quelqu'un qu'ils n'arrivent pas à blesser.
 
Il y a une peur profonde de la puissance de l'autre dont on cherche à se protéger chez les harceleurs, un fait qui si il était connu du harcelé, rendrait le harcèlement bien plus facile à gérer pour lui. 
 
Mais un animal qui a peur, fuit ou attaque. Autre fait objectif. Un harceleur peut décider d'attaquer. Si il tombe sur une ''proie'' facilement contrôlable qui lui donne le sentiment d'être en contrôle de son univers, il y a de forte chance qu'il développe un comportement de plus en plus harceleur. La ''proie'' ''saigne'' et s'affaiblit de plus en plus, parfois jusqu'à la mort si elle n'a pas trouvé de solution viable avant, et son ''sacrifice'' (souffrance, martyre ou mort) n'a souvent servi à rien d'autre que de culpabiliser ceux qui sont assez sains lorsqu'ils reviennent sobres à la suite de leur cuite de sang, ou de rendre encore plus malsains ceux qui ont besoin de dévorer une nouvelle victime pour prolonger leur vie de morts-vivants. Le mythe des vampires est très intéressant à cet effet. Et le pieu en plein coeur aussi, comme remède au vampirisme: c'est dans le coeur que ça se passe, c'est l'intelligence émotionnelle qui est concernée.
 
Les mythes, les histoires, les légendes, ont de tous temps servis à expliquer le monde au niveau intuitionnel. La science, ou la logique, vient parachever le travail  au niveau rationnel.
 
Donc, la première solution au problème de harcèlement, la première barrière de protection, le système immunitaire psychologique sain qui ferait que l'individu serait assez intelligent émotionnellement pour ne pas tomber dans le piège est de ne pas tomber justement, ni se laisser rattraper par la meute, mais de rester libre de ses mouvements et intouché. C'est à dire qu'un individu ne doit pas faire d'apitoiement sur lui-même. L'agressivité fait partie de la vie, il y a des solutions à ce problème.
 
Ce n'est pas toujours simple bien sûr. Il ne s'agit d'ailleurs pas tant de ne pas faire absolument d'apitoiement comme de ne pas sombrer et rester dans l'apitoiement.
 
J'élaborerai sur ce sujet dans d'autres billets.
 
Les êtres humains sont tous égaux sur ce plan : tous sont critiqués, blâmés, ridiculisés et parfois injustement  un jour ou l'autre, tant par des proches, l'entourage immédiat, que par de parfaits inconnus. Ça fait partie de la vie. Savoir composer sans se détruire et sans détruire les autres avec l'agressivité humaine (la sienne comme celles d'autrui, d'ailleurs) est une habileté sociale indispensable.
 
Une autre façon de mieux vivre côté intelligence émotionnelle et écologie sociale, serait de s'interroger personnellement lorsque nous sommes nous-mêmes confrontés à une personne ou un groupe qui fait du harcèlement. Je le répète, ce ne sont pas des monstres qui font ceci. Ce sont des êtres humains. Est-ce que nous nous joignons au groupe pour diverses raisons plus ou moins conscientes? Surtout si le chef de meute est en position d'autorité quelconque, réelle ou consentie? N'y aurait-il pas des choix plus pacifiques et plus rentables quoi que tout aussi dynamiques et plus nourrissants au niveau individuel et social que le cannibalisme ou le vampirisme? C'est là que la créativité humaine entre en jeu. C'est ce qu'on appelle aussi faire des choix de société. Et il n'y a aucun parti politique ou aucune religion qui peut faire ce choix personnel à notre place, ou nous obliger à le faire.