Ma vie est un sport extrême microscopique. Ma silhouette d'adolescente à la tête de femme-de-l'autre-versant-de-la-colline se reflète dans les vitrines avec le soleil et la blancheur du jour. Je vois bouger mes jambes bottées jusqu'aux cuisses redevenues minces, élastiques et sûres, ce sont celles à présent, de nouveau, du passé, revenues, éternelles et je ne comprends pas comment je peux me réveiller et être déjà si tard : j'ai des cheveux argents qui ne veulent pas redevenir noirs. Je suis très verte pour un vieillard. Peu importe. Les vieux n'ont pas de sexe. Mes jambes s'activent, infatigables, ma tête est comme un cheval qui dort debout, j'entends mon cerveau ronfler, comme le bruit doux d'un chat qui ronronne. Il fait blanc et bleu, blanc et bleu, blanc et bleu. Hier il tombait des poussières de diamants dans le soir noir, sous les lampadaires et ce matin il tombait des poussières de diamants dans le matin aussi noir que la nuit, sous les lampadaires, ma vie est riche de rien du tout mais elle est belle et mes coffres sont remplis à craquer de projets fabuleux. Tous les châteaux de sable que j'avais construits pour les abriter ont été détruits par la marée qui est venue et par la marée qui est partie. Venir partir. Et vous voilà sur le sable parmi les illusions qui scintillent comme des diamants sous le soleil que la marée emporte sans que vous y puissiez quoi que ce soit, mais les coffres, eux, les coffres chargés et pleins, sont restés, ancrés. Comme des navires qui attendent les passages à embarquer. Je voyage n'est pas fini. Incrédule de chaque éclat de chance que les replis des revers cachent dans leurs destins, de chaque éclat de verre avec lesquels la chance taillade ma chair, je n'essaye plus de cueillir le reflet des étoiles sur le sable mouillé, et je veux écrire la vie souple des étoiles de mer avant qu'elles ne soient figées.
