Une internaute parmi d'autres

Publié le mardi 13 janvier 2009

Mardi 13 janvier 2009
que feriez-vous?

Apprendre à gérer sainement le sentiment de faute
La culpabilité est une expérience humaine universelle.

Les théologiens tentent d'en expliquer les racines, les psychologues ont des théories à ce sujet, et les simples citoyens souffrent en silence de ce sentiment parfois trop envahissant.

Le « Vocabulaire de la psychanalyse » (Laplanche et Pontalis) le définit ainsi: « Le sentiment de culpabilité peut désigner un état affectif consécutif à un acte que le sujet tient pour répréhensible, la raison invoquée pouvant d'ailleurs être plus ou moins adéquate (remords du criminel ou autoreproches d'apparence absurde) ou encore un sentiment diffus d'indignité personnelle sans relation avec un acte précis dont le sujet s'accuserait. »

Ainsi la culpabilité peut être consciente, relative à des fautes reconnues, comme la transgression de lois.

Elle peut aussi naître de conflits de valeurs et de devoirs qui nous obligent à choisir, souvent avec mauvaise conscience.La culpabilité peut aussi être inconsciente, provoquée par des désirs que l'on n'ose pas s'avouer ou par de la violence refoulée.

Les interdictions, les tabous donnés par les parents, la famille, l'école, la société, l'Eglise sont si nombreux qu'il y a toujours une raison de se sentir coupable.

Lorsque la culpabilité est inconsciente, on parle souvent de « sentiment de culpabilité ».La culpabilité provient donc de ce « juge intérieur », de cette part de nousmêmes qui nous accuse et nous condamne.

Elle est liée à ce que nous attendons de nous-mêmes et à ce que nous pensons que les autres attendent de nous.

La théorie psychologique nommée « analyse transactionnelle » met en évidence cinq messages contraignants que nous donne notre entourage alors que nous grandissons et qui participent fortement à notre culpabilité lorsqu'ils sont trop importants. Il s'agit de: « Sois fort », « Sois parfait », « Acharne-toi », « Fais plaisir », « Dépêche-toi ».

« Sois fort » incite à se débrouiller tout seul, à ne pas demander d'aide. « Sois parfait » signifie la nécessité de rechercher toujours la perfection, ce qui est humainement impossible. « Acharne-toi » conduit à faire des efforts désespérés pour atteindre un but qui est peut-être mal évalué. « Fais plaisir » met dans une situation impossible, car on ne peut pas « faire plaisir » à tout le monde tout le temps, même avec la meilleure volonté du monde. Quant à « dépêche-toi », ce message pousse la personne à craindre de « perdre » du temps et l'amène à croire qu'elle doit faire vite, vite boire un café, vite faire les courses !Ces messages peuvent se combiner et, lorsqu'il faut se dépêcher d'être parfait, c'est vraiment la galère!

Comment « gérer »sa culpabilité ?

Il y a une façon saine et une façon malsaine de faire face à la culpabilité.

La façon saine consiste à se laisser interroger par ce sentiment, à se questionner sur la réalité de la « faute ».

Qu'est-ce qui fait que je me sens coupable ? Est-ce que ma culpabilité est fondée ? Si elle l'est, ma responsabilité est de me l'avouer, de cesser de me justifier et de réparer la faute commise.

Si elle ne l'est pas, s'il s'agit de « fausse culpabilité » issue de messages contraignants trop importants, par exemple, il convient alors de considérer la situation de manière réaliste et de changer son dialogue intérieur.

Au lieu de se répéter à longueur de journée: « Tu aurais dû, il aurait fallu, tu as été nulle », il y a lieu de se dire: « Tu as fait le mieux que tu as pu étant donné les circonstances.»

La façon malsaine de « gérer » la culpabilité consiste à l'occulter, à l'enfouir sans la regarder en face ou encore à se justifier systématiquement et à se déculpabiliser sans chercher à voir la réalité, ou encore à projeter sur les autres ce qu'on ressent. Au lieu de dire: « Je ressens de l'agressivité envers cette personne », on dira: « Je ne sais pas ce que cette personne a contre moi pour être aussi agressive à mon égard. »

Se libérer de la culpabilité

De nombreux auteurs ont tenté de donner des pistes pour y arriver: Douglas H. Ruben, dans son ouvrage « Le sentiment de culpabilité - Dix étapes pour s'en libérer », Ed. Dangles, 1996, propose quelques pistes:

Se souvenir que personne ne déclenche notre culpabilité. Elle n'est pas une force extérieure qui fait irruption dans notre vie, elle vient lorsque nous l'invitons.

Eviter de prendre les réactions normales des autres pour des déclencheurs de culpabilité.

Si vous refusez un service à une amie et qu'elle manifeste sa déception en disant: « Je n'aurais jamais cru cela de toi !» C'est une réaction normale de colère. Cela n'a pas à stimuler la culpabilité de celle ou celui qui refuse.

Il est possible de sortir de la fausse culpabilité en adoptant progressivement de nouvelles stratégies, même si, au début, elles paraissent inconfortables.

Se libérer de la culpabilité exige parfois d'avoir recours à un psychothérapeute ou à un praticien en relation d'aide afin d'être écouté, soutenu, accompagné dans cette démarche. Pour une personne croyante, un entretien avec un ecclésiastique peut aussi être d'une grande utilité.

Le sujet de la culpabilité est si complexe qu'on peut l'aborder de manières très différentes.

Quatre pistes

Concrètement, pour s'en libérer, on pourrait envisager quatre grands points:

Reconnaître que certaines formes de culpabilité sont utiles, car, sans culpabilité, la vie en société serait impossible.* C'est parce qu'on éprouve de la culpabilité qu'on décide de modifier son comportement dans le sens du respect des règles fondamentales.

Reconnaître les causes de la culpabilité que l'on se crée soi-même et qui n'est pas de la vraie culpabilité.

S'excuser auprès des autres lorsqu'on reconnaît avoir commis une vraie faute.

Se pardonner à soi-même en lâchant prise des regrets inutiles.

Les parents ont aussi un grand rôle à jouer pour prévenir chez leurs enfants la culpabilité malsaine. Ils peuvent y parvenir en leur donnant des limites claires et en s'abstenant de les disqualifier ou de les dévaloriser par des phrases répétées à longueur de journée comme: « Tu es vilain », « Tu es méchant », « Tu es nul », « Tu ne fais que des bêtises », etc.

Apprendre à se libérer de la fausse culpabilité est une tâche qui dure toute la vie.

Source :

Le matin (en ligne)

http://archives.lematin.ch/LM/LMS/actu-126/article-2003-05-1027/psychologie-apprendre-actu-126C3actu-126A0-gactu-126C3actu-126A9rer-sainement-le-sentiment-de-fautela-culpabilitactu-126C3actu-126A9-est-une-expactu-126C3actu-126A9rience-humaine-universelle

* Note de l'auteure de ce billet : une des caractéristiques de la psychopathie et de la sociopathie est l'absence totale de culpabilité.

Je crois qu'il est important de reconnaître ce fait même si des étiquettes sont souvent collées abusivement par la psychiatrie à des individus qui réagissent le plus sainement à des abus de pouvoir, soit par la révolte plutôt que par la soumission totale vis-à-vis des abus de pouvoir ou injustices sociales - et que la notion de "maladie" évolue avec l'évolution des sociétés.

Je pense par exemple à l'homosexualité qui était considérée comme une maladie par la psychiatrie il n'y a pas si longtemps et aux internements abusifs dans les hôpitaux psychiatriques du système soviétique qui considérait comme malade mental tout dissident du régime totalitaire de l'U.R.S.S.

Le mieux - pour la société et l'individu - serait que les individus sociopathes et psychopathes réagissent de façon à s'affirmer, dans le respect de soi et des autres - plutôt que d'agresser comme réflexe de survie. Mais pour y arriver, il est nécessaire que leur état de survie de révolte du départ soit dépassée vers une évolution positive de la situation un savoir vivre, avec soi et avec les autres. C'est pourquoi je considère que l'identification du problème demeure valable, mais pas sa condamnation moralisante et visant la répression et/ou la punition en fonction d'une morale étriquée ou pour justifier l'injustice sociale ou l'abus de pouvoir, mais plutôt pour offrir une possibilité d'évolution humaine.